Faites de la place pour l’essentiel

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© Tilda Swinton photographiée par Paolo Roversi

 

“Comment on se fait une vie bien à soi ?
Est-ce que c’est comme avec la mode ?
Faut-il essayer des trucs, se planter ? (je pense que oui)
S’inspirer des autres ? (probablement)
Se remettre en question à chaque saison ?”
(Garance Doré)

 
Actuellement en plein déménagement, désencombrement, allègement de ma vie à tous les niveaux, je repense au chemin parcouru ces dernières années et aux révolutions souterraines qui m’ont permis de laisser la place à l’essentiel.
C’est un sujet que j’aborde de plus en plus avec mes clients, ce fameux “less is more” qui prend tout son sens quand on arrive au bout d’un mode de fonctionnement… et qu’on réalise qu’on a besoin de vivre et travailler de façon plus sensée et plus sensible.
 

Reprendre la main
sur son existence

 
Vous l’avez compris, je suis, vous êtes, nous sommes en pleine mutation avec un impact sur bien des pans de notre vie qu’on pensait encore inimaginables il y a encore quelques mois. Ce sont des paroles, en apparence anodines, glanées de part et d’autres, qui m’amènent aujourd’hui à vous apporter un éclairage sur ce sujet essentiel.
C’est Garance Doré, photographe et illustratrice de mode, bloggeuse à la renommée internationale, qui s’interroge dans l’un de ces derniers posts sur le thème de L’Art de Vivre :
“Le style, c’est beaucoup plus que nos vêtements.
C’est une façon de les porter, de se mouvoir, d’être présents au monde.
Mais c’est aussi, peut-être, une manière de mener sa vie.
Je pense beaucoup à ça en ce moment.

(…) C’est aussi parce que, ayant créé ma propre compagnie, j’ai la chance de pouvoir décider comment mener ma vie et choisir les gens qui m’entourent dans le travail et que souvent, je me dis : “Mais pourquoi on fait les choses comme ça ?”. Ce qui est marrant quand on crée sa propre boîte, c’est que l’on peut faire ce qu’on veut, et pourtant, souvent, on se retrouve à reproduire ce que l’on connaît.

(…) Inventer d’autres façons de faire les choses, ne pas s’attacher aux modèles établis, s’inspirer d’autres, pour trouver ce qui me correspond à moi, ne jamais oublier de m’interroger et de questionner les règles – suis-je en train de faire les choses machinalement, parce que c’est “ce qui se fait” ? Inventer mon propre style de vie, quoi”
 

Inventer son style de vie

 
C’est Marc-Olivier Fogiel, ex-star de la télé, qui revient avec un programme et un style plus profonds, plus subtils (confession, j’adore le site Purepeople qui me permet de comprendre ce qui se passe dans la tête des gens connus).
“En 2008, Marc-Olivier Fogiel décidait d’arrêter la télévision par peur de faire l’année de trop. S’épanouissant à la radio, refusant des propositions très alléchantes, le journaliste préférait prendre du temps afin de “construire sa vie familiale”. De se recentrer également. Chose faite, il revient moins incisif, encore plus talentueux.
(…) Pour lui, ces années d’introspection ont été une façon de “sortir de ce tourbillon infernal et de prendre conscience de la nécessité de commencer une autre vie. Quand vous êtes à la tête d’une grosse boîte, vous n’êtes plus tout à fait normal. Vous ne vous appartenez plus vraiment”, explique-t-il.
(…) Marc-Olivier révèle n’avoir aucune clause d’audience avec France 3 pour son nouveau rendez-vous hebdomadaire. L’objectif est de proposer au public un programme de qualité à travers une collection de portraits élégants et intimistes : “Ça n’a pas vocation à exploser l’audimat. L’audience, ça m’est égal. La chaîne ne m’a imposé aucun objectif. Ma vie aujourd’hui, c’est RTL et endormir mes deux filles le soir”.
 

Prendre le temps
de s’interroger
sur sa propre cohérence

 
Début 2014, je partais à New York et Montréal avec des idées et des projets plein la tête, prête à mettre le cap sur le développement international de mon entreprise. Dans les mois qui ont suivi, des collaborations prestigieuses, m’offrant notamment une plus grande visibilité et notoriété, se sont présentées.
J’étais bien entendu très flattée de cette reconnaissance de mon travail… mais un autre pan de ma conscience commençait à se manifester par touches discrètes, et pourtant de plus en plus régulières.
C’est clair que la caution anglo-saxonne, c’est comme le label “vu à la télé”, ça ouvre des portes. Moi ça m’a surtout ouvert les yeux sur là où je ne voulais surtout pas m’engouffrer : la conquête du succès et de la reconnaissance à tout prix.
Être toujours entre 2 avions à courir à droite et à gauche, c’est ça la vie que je veux ?
Est-ce que j’ai réellement besoin de ça pour me sentir exister ?
Pour me sentir légitime ?
Maintenant que j’ai déployé une énergie colossale pour que ma boîte fonctionne,
est-ce que je suis prête à mettre encore plus d’énergie à “conquérir le monde” ?
Évidemment, je n’ai pas eu de réponse du jour au lendemain.
Mais comme toujours en période de grandes interrogations, j’ai écouté mon corps. Et à sa façon, il m’indiquait que non, je n’avais plus à produire tous ces efforts pour me prouver ce dont j’étais capable.
Je suis alors progressivement arrivée à ce constat à la fois édifiant et désarmant : je n’ai plus rien à prouver ni à me prouver. J’ai gravi à la sueur de mon front chaque étage de la pyramide de Maslow. Je suis arrivée là-haut déboussolée. Sans repère. Plus besoin ni envie d’être en compétition avec moi-même.
On fait quoi et on va où avec ça, dans une société où il faut aller toujours plus loin, plus haut, plus fort, quitte à bousiller sa tête, son corps, ses valeurs ? On m’a fait comprendre que j’étais en position de me placer à certains endroits et de cultiver certaines relations par “intérêt stratégique pour ma carrière”.
Moi, cette façon de mener ma vie ne m’intéresse pas.
Il était alors temps de me créer de nouveaux repères.
Apprécier ce que j’ai.
Capitaliser sur ce que je suis.
Transmettre
ce que j’ai appris…
Et vivre, tout simplement.
 

Faire moins
pour être soi
en mieux

 
Facile à dire… Ô combien complexe à réaliser. Accro que nous sommes à vouloir toujours plus, faire toujours mieux, gagner encore plus. Comment vit-on chaque jour en faisant moins et mieux… alors que personne ne nous l’a appris et que si peu de gens nous y encouragent ?
C’est là tout le paradoxe et l’essence-même de mon activité : mes clients me sollicitent souvent sur des problématiques que je suis moi-même en train d’expérimenter.
“Bonjour, j’ai une entreprise qui se développe bien, de chouettes clients, de la visibilité, de la notoriété, mais je me demande quel sens donner à tout ça. Si je ne me suis pas perdu(e) en cours de route. Mes clients attendent ci, on me dit de faire ça et moi je voudrais aller là… vous pouvez m’aider svp ?”
Et je trouve cette problématique passionnante parce que derrière le “toi tu réussis / t’as de la chance / tu t’en sortiras toujours”, l’image est lourde à porter et on peut vite basculer du “côté obscure” de sa propre force, à toujours vouloir se montrer à la hauteur de son exigence et de celle des autres.
 

Recentrer son énergie :
du besoin de justice
au désir de justesse

 
C’est alors que se dénoue un mécanisme complexe méconnu : quand on a passé des années dans l’énergie de “je dois trouver des clients, gagner de l’argent, me faire connaître, montrer que j’existe”, et que cette énergie arrive à bout de souffle (généralement quand on réalise qu’on a dépassé son seuil minimum de sécurité intérieure et extérieure)… c’est quoi la suite ?

Ma propre expérience et celle auprès des entrepreneurs que j’accompagne m’apprend chaque jour une chose fondamentale : c’est quand on n’est plus dans la réaction à tout prix que l’essentiel émerge. Quand on recentre ses actions sur ce qui compte vraiment. Quand on laisse les choses se faire et se défaire d’elle-mêmes.

Quand on laisse de l’espace vide en soi, et autour de soi, pour laisser sa propre nature reprendre ses droits et créer la juste opportunité, au juste moment, au juste endroit. Quand on se concentre sur ce qui est important dans sa propre vie et que tiens, c’est bizarre quand même, dans son business on donne moins et on reçoit mieux.
Étonnant comme process, vous ne trouvez pas ?
D’un point de vue rationnel, complètement.
D’un point de vue énergétique et quantique, pas du tout.
Votre alignement, donc votre clarté et votre efficacité, se situe au point d’équilibre entre l’énergie que vous déployez et les résultats que vous obtenez. Il n’y a que vous pour placer le curseur à l’endroit juste !

 
À quelques jours de mettre le Cap sur le Ferret, comme évoqué dans mon dernier article 2015, une année nommée Désir, je mesure à quel point aller dans le sens de son propre courant, avec douceur et bienveillance envers soi, est la clé pour progressivement estomper le superflu et avancer vers son essentiel. Oh oui, ça prend du temps, c’est souvent inconfortable… mais de plus en plus vital pour ne pas fuir sa propre vérité, qui finit toujours tôt ou tard par nous rattraper.
Pour terminer, j’ai envie de vous partager cette citation de Christine Pichon :

Si on vous demande de lâcher-prise,
ce n’est pas pour que vous tombiez…
c’est pour que vous décolliez”

 

 …

 

Et vous, c’est quoi votre essentiel ?
Et comment vous lui faites de la place au quotidien ?

 

23 réponses

  1. Céline, c’est toujours un plaisir de te lire. J’ai choisi aujourd’hui de te laisser le message directement sur ton blog et non sur facebook.
    Céline, tu as construit ton parcours et je suis fière de toi, tu es de ce fait un modèle pour moi et certains pour chacun de tes lecteurs et de tes clients.
    Céline, nous nous sommes vus qu’une seule fois à Paris, ce qui ne m’a pas empêcher de trouver par ce biais des ressources supplémentaires pour construire moi-même mon propre parcours.
    Céline, tu es une personne magnifique car tu as su trouver le luxe d’être toi-même.
    Merci ma chère amie

    1. Cher Vincent, merci pour ton commentaire ici, merci de ton soutien toujours présent. Je sens avoir touché du doigt mon essentiel… et c’est un plaisir autant qu’un devoir pour moi de le partager. A très bientôt, d’une façon ou d’une autre.

  2. Céline, comme d’habitude tes mots me touchent. Il y a quelques mois, je me suis posée exactement cette question d”internationalisation’. Voyager, conquérir le monde, être partout à la fois. Mais j’ai réalisé que c’était un rêve emprunté. Au final, aller de pays en pays, ce n’est pas ce que je veux. Ce que je veux, c’est être libre de travailler où je veux, et souvent, c’est mon canapé ou un petit café. Il est facile d’emprunter des rêves quand on n’est pas habitué à rêver par soi même (c’était mon cas). De même, il y a une grosse pression à ‘réussir’ et aller plus loin. Or, on en oublie quels sont nos propres objectifs, les vrais. Souvent plus simples qu’il n’y paraît. Enlever les couches qui se sont accumulées pour trouver son vrai moi, c’est un travail de tous les jours. Des bises, et une belle installation dans ta nouvelle vie 🙂

    1. Chère Lyv, merci de ton partage, je suis ravie de lire aussi que cela fait écho à ton vécu, à ton parcours. “Enlever les couches qui se sont accumulées pour trouver son vrai moi, c’est un travail de tous les jours”, oui ! et c’est avant tout pour cela que nous sommes entrepreneur(e)s. Pour avoir la liberté d’explorer qui nous sommes et ce pourquoi on est réellement fait.
      What a way ! See you there 🙂

  3. Un article en phase avec la conversation que j’avais avec mon mari hier : lâcher, ne plus cristalliser au point de renforcer là où ça coince, se détourner pour laisser faire ce vide nécessaire à l’émergence de l’essentiel, celui que l’on n’a pas planifié.
    Je ne sais pas si je vais décoller mais le corps m’invite à basculer vers une profondeur que j’avais laissée de côté. Et là, je me retrouve dans tes 4 phrases :
    Apprécier ce que j’ai.
    Capitaliser sur ce que je suis.
    Transmettre ce que j’ai appris…
    Et vivre, tout simplement.
    Bon emménagement sur le littoral Céline. Je t’embrasse.

    1. Merci chère Patricia pour ton partage, “life is what happens to you while you’re busy making other plans”, n’est-ce pas ?! (c’est mieux en VO). Ravie de lire aussi ton avancée, à très bientôt.

  4. Céline, que de chemin parcouru toutes les deux depuis notre première rencontre en octobre 2012… Les étapes que tu décris ont aussi été les miennes depuis cette époque… Alors oui j’adhère à ce que tu exposes car pour moi c’est du vécu et du vivre de tous les jours… A très bientôt j’espère sur ton nouveau cap… ENJOY ce LESS IS MORE !

    1. LESS for MORE 🙂 Et je sens que pour moi seul un cadre de vie “dépouillé” le permet en profondeur. Tu vois de quoi je parle 😉 We keep in touch.

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